De déduction en déduction , la Réponse du citoyen Auguste Blanqui au document Taschereau plaide également pour un Deschapelles espion de police. Blanqui y évoque l’époque où les révolutionnaires parisiens étaient dirigés par deux chefs dont l’un était espion de police et l’autre fut nommé par la suite procureur du roi. Or, on a beau passer en revue le personnel judiciaire de la Monarchie de Juillet on n’a pas la surprise d’y retrouver un tel révolutionnaire, des républicains certes mais pas l’un des deux chefs des révolutionnaires parisiens. En revanche, quand, en 1979, je demandai des renseignements aux Archives de la Préfecture de Police sur Robert-Richard O’Reilly, l’ami de Deschapelles, on me répondit : " O’Reilly Richard, procureur de la république près le tribunal de 1ère instance de Bernay (Eure), secrétaire-général de la préfecture de police 5 août 1848 – 26 décembre 1848, démissionnaire, maire du Xème arrondissement de Paris en 1870 ". Or Robert-Richard O’Reilly n’a jamais été procureur. D’après les Notices biographiques sur les O’Reilly (1969) du Père Patrick O’Reilly, le procureur de la république près le tribunal de 1ère instance de Bernay (Eure) se prénommait Marie, Jacques, Ernest. Il fut juge suppléant à Neufchatel le 12 juin 1845 et substitut dans la même localité le 26 octobre 1846. Le Moniteur Universel de 1848 signale des affectations de Robert-Richard et d’Ernest. A la page 836 du n° 106 du mardi 15 avril 1848, un O’Reilly – c’est Robert-Richard - est nommé consul de 2ème classe à Malaga et d’après les Archives des Affaires Étrangères, il le fut à compter du 14 avril et remplacé le 26 mai. De son côté, O’Reilly, substitut près le tribunal de Neufchâtel, est nommé à Bernay (p. 1123, n° 44 du mardi 23 mai). Certes j’appelle de mes vœux une prosopographie du personnel judiciaire de la Monarchie qui identifierait un chef révolutionnaire devenu procureur mais, vraiment, en attendant les révélations d’une telle prosopographie, seul un O’Reilly peut avoir été confondu par Blanqui avec un chef révolutionnaire futur procureur de Louis-Philippe. Pour avoir apparemment induit en erreur Blanqui, l’information erronée - Robert Richard O’Reilly ex-procureur - perpétuée de nos jours par les Archives de la Préfecture de Police devait dater au plus tard de 1848. Et si donc Robert-Richard O’Reilly fut l’un des deux chefs des révolutionnaires de Paris, le second ne pouvait qu’être son ami Deschapelles, le co-auteur de La loi du peuple (1848) de Deschapelles et O’Reilly. Jusqu’à sa mort en 1876 O’Reilly fut associé à la compagne de Deschapelles, Anne-Marie-Caroline Lefèbvre, dans son entreprise de fabrication et de vente de serres de jardin (4).
À vrai dire, lorsqu’il évoque les deux chefs révolutionnaires précités, Blanqui pense à l’époque des Nouvelles Saisons qui étaient commandées par Dourille et Delahodde, le second étant l’espion de police. Mais comme Dourille n’a jamais été procureur du roi, maintenons les réflexions ci-dessus sur Deschapelles et O’Reilly chefs révolutionnaires. Blanqui a-t-il fait une confusion dans le temps, feint de confondre ? Gardons un œil sur ces questions.
Mais quid de Deschapelles en 1832 ? Organisateur d’une insurrection républicaine pour la faire tourner, après une période de désordres, au bénéfice de la branche aînée (5) ou agent double au service de Gisquet.
La présence du beau-frère de Deschapelles, de son neveu, à la cour de Charles X en exil plaide pour la loyauté de Deschapelles à l’égard de Charles X.
De toute manière, que Deschapelles ait été carliste ou agent double, la police était parfaitement au courant des préparatifs de l’insurrection.
Pour la suite, la réalité put être plus compliquée. Le document Taschereau évoque les dîners offerts par Deschapelles à des révolutionnaires de l’époque, Bastel, Fomberteaux et autres, essentiellement l’équipe du Moniteur républicain et de L’Homme libre. Vilcoq démentit avoir jamais dîné chez Deschapelles (6) mais les autres se sont tus. Victor Hugo invitait un Fomberteaux à dîner à Guernesey. Lui parla-t-il du document Taschereau ? Toujours est-il qu’il n’a rien laissé sur Deschapelles. La nécrologie de Deschapelles par Saint-Amant (7) rappelle qu’il diffusait sa Loi du peuple à l’étranger et ces diffuseurs ne pouvaient qu’être des révolutionnaires expatriés. Mais on n’a pas d’autre écho de cette activité de Deschapelles.
Décidément, on s’est peu exprimé sur Deschapelles.
Mais que de recherches en perspective ! A partir de 1830 la sœur de Deschapelles vivait chez sa fille Francisca von Parseval puis chez son fils Charles (8). Creusons cela. Pourquoi Bulwer Lytton plaça-t-il une famille Deschapelles au centre de la pièce The Lady of Lyons ? Voulait-il, entre autres, faire un clin d’œil à Chateaubriand ? Etc., etc.
La recherche moderne dans la documentation numérisée ouvre des perspectives.

Dernière mise à jour de cette page 11/07/2010 AD